Abd’l Qader al-Jilani (1083-1166) occupe une place centrale dans l’histoire du soufisme. Fondateur éponyme d’un ordre soufi présent absolument partout dans le monde musulman, il fit également de son époque un moment charnière en établissant et légitimant durablement la mystique confrérique au sein des sociétés musulmanes.
En effet, avant lui, avant le XIIe siècle, le soufisme était encore l’affaire d’ascètes isolés, en marge du commun des musulmans. Cette attitude de retrait était à la fois productrice de fascination à l’égard de ces sages ermites retirés du monde, et à la fois de désapprobation voire de critiques acerbes envers leurs actes et paroles. Nous retrouvons ici cette systématique séparation entre d’une part l’engouement d’une religiosité dont la popularité n’a jamais contrarié l’expression éthique et métaphysique et d’autre part la suspicion des « officiels » de la religion pour une pensée et surtout des usages qui n’avaient pour eux que de vagues atours coraniques.
Il faut dire que les premiers siècles de l’Islam sont conjointement témoin de la croissance d’une religion civilisation qui se cherche une forme politique, économique et législative, mais aussi une forme de spiritualité spécifique, déjà marquée par les différentes aires culturelles qu ‘embrasse l’Islam classique (VIIe-Xe siècle). C’est dans cette période que parallèlement se structure la loi religieuse (Shari’a) et que se découvrent les « sentiers de la Gnose ». Naturellement, ce n’est qu’après avoir goûté à la voie spirituelle que les écrits des premiers soufis voient le jour, témoin imparfait, mais ô combien précieux pour le cheminant, désireux (murid) d’approcher la voie soufie et, peut-être, de rencontrer un de ses maîtres.
Les premiers grands ouvrages du soufisme circulent dans tout le monde musulman et des écoles réputées émergent rapidement. Baghdad est alors l’un des premiers berceaux du soufisme à l’époque. C’est ici, dans la capitale abbasside, au plus près exposées aux réprobations des Oulémas “doctes”, que les plus importantes réflexions sur le soufisme ont lieu. Est-ce orthodoxe ou non ? Qu’est-ce que le ravissement extatique ? Est-ce prévu par la loi, où est-ce une innovation ? Quel est le but du soufisme ? Et la place des guides spirituels ? Sont-ce de nouveaux prophètes en puissance ? etc.…
Cette époque d’explicitation du soufisme et de ses mobiles va se poursuivre encore pendant plusieurs siècles à travers à la fois de successives synthèses, mais aussi des traités de métaphysique très élaborés (Ibn ‘Arabi). Parallèlement, le XIIe siècle voit progressivement s’intégrer le soufisme dans l’espace civile de la cité musulmane. Ce processus va s’accompagner progressivement d’une mutation structurelle des voies soufies, de mieux en mieux organisées bien que ne laissant pas encore présager des futurs « ordres » dont on pourra constater dés le XVIe siècle leur importance dans les sociétés musulmanes, ne serait-ce que par les complexes monumentaux qui leur seront attribués dans l’espace urbain.
L’œuvre d’Abdel Qader al-Jilani s’inscrit pleinement dans cette visée et inaugure précisément une nouvelle ère, celle des grands maîtres fondateurs de confréries.
Muhyiddine Abdel Qader al-Jilani est originaire de Niff, une petite ville de la province du Gilan (ou Djilan), au sud-ouest de la mer Caspienne. Il serait né en 1077 bien que d’autres sources évoquent la date de 1083. Abdel Qader était par son père descendant d’Ali Ibn Abi Talib, gendre du Prophète Mohammed. Sa mère qui avait déjà soixante ans à la naissance d’Abd’l Qader, s’appelait Fatima, et son père (grand-père maternel d’Abdel Qader) était lui aussi descendant d’Ali Ibn Abi Talib par Hussein.
Les légendes rapportent qu’Abdel Qader naquit le mois de ramadan et que l’enfant ne voulut pas prendre le sein avant le coucher du soleil. L’année suivante, les habitants de Niff n’ayant pu apercevoir la Lune, par suite de l’opacité des nuages, étaient dans l’incertitude pour commencer leurs jeunes. Ils eurent l’idée de s’adresser à la mère d’Abdel Qader, pour s’enquérir si son enfant avait accepté ou non d’être allaité.
Encore tout petit enfant, il apercevait des êtres spirituels, que ne pouvait voir son entourage. Lorsqu’il eut l’âge de fréquenter l’école, il revit à plusieurs reprises ces êtres l’accompagner.
À dix-sept ans, se produisit un étrange évènement qui devait avoir sur sa destinée une importance exceptionnelle : on se trouvait à la veille d’une fête, et Abdel Qader avait voulu profiter de ces heures de liberté pour se promener seul dans les jardins et la campagne avoisinante. Sur sa route, devant lui, un boeuf paissait dans une prairie. Plongé dans une vague rêverie, notre promeneur le considérait sans trop d’égard ; lorsque soudain l’animal lui fit face et il l’entendit lui dire à haute et intelligible voix : « Ta mission n’est pas d’être laboureur ». Puis, il se sentit envahi par une violente et indescriptible émotion, qui se traduisait par des sanglots et des larmes, qu’il était impuissant à maîtriser. Effrayé par ce miracle, et pour cacher son trouble, il regagna précipitamment sa maison et courut d’un trait se réfugier sur la terrasse, où il espérait pouvoir retrouver son calme et rassembler ces esprits. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise ! Lorsque ces regards se portèrent sur l’horizon, qu’il était pourtant bien familier, il aperçut un tout autre paysage. Ce n’était plus Niff et sa campagne, mais le mont Arafat , avec des milliers et des milliers de pèlerins marchant en procession compacte ; ils se déplaçaient en rangs serrés, se rendant à la Mecque. Profondément troublé par ce prodige, il alla tout confier à sa mère.
Dans la suite, il dut la supplier de le laisser partir pour Bagdad, afin qu’il aille s’instruire dans une école de droit et fréquenter les saints personnages réputés de cette époque. Sa mère, se résigna à son départ et lui remit tout ce qu’elle possédait. Abdel Qader prit la moitié de cette somme et laissa l’autre moitié pour son frère. Fatima enferma alors l’argent de son fils dans un sachet qu’elle cousit soigneusement sous l’aisselle dans la couture de la manche de son vêtement. Elle lui fit également faire le serment de ne jamais s’écarter du sentier de la droiture et de ne mentir jamais.
Source : wikipedia
Voter pour cet article:Pixenprovence vous propose aussi :

