Ô merveille, Ô merveille ! Karim Alani - Album Shruti

‘Abd’l Qader al-Jilani (1083-1166) occupe une place centrale dans l’histoire du soufisme. Fondateur éponyme d’un ordre soufi présent absolument partout dans le monde musulman, il fit également de son époque un moment charnière en établissant et légitimant durablement la mystique confrérique au sein des sociétés musulmanes.

Bagdad

Source : www.mmsh.univ-aix.fr

Il advint aussi qu’une fois ses maigres ressources épuisées, la misère vint toucher le jeune Abdel Qader. En quête de nourriture, celui-ci sortait alors vers les bords du Tigre ou à la campagne à la recherche des déchets de légumes et de salades laissés par les cultivateurs. En d’autres temps, c’était les fruits du caroubier qui lui servaient d’aliments. À peine vêtu, il circulait pieds nus dans les sables, les pierres, les ronces, les épines des chemins. N’ayant pas de domicile, il passait ses nuits par la ville, dans les ruines de Madaïne .

Pour comble d’infortune, il était fréquemment sujet à des évanouissements, des défaillances, voire des extases qui se prolongeaient parfois durant de longues heures. Il avait alors toutes les apparences d’avoir cessé de vivre. Il arriva une fois où ces états de léthargie se prolongèrent tant que ceux qui le virent le crurent réellement mort et firent procéder aux soins mortuaires puis l’emmenèrent au cimetière avant qu’un ultime remuement de paupières lui évita l’enfouissement. Parfois il éprouvait aussi l’étranges sensations, qu’un poids incommensurable retombait su ses épaules. Telle une montagne renversée sur lui.

Pendant ce genre de crise ils se jetait à terre et récitait les versets coraniques suivant :

« Et en vérité, à côté de l’adversité est l’aisance, oui à côté de l’adversité est le bonheur ! »
Coran IVLC/ 5- 6

Entravée par tant de misère et de souffrance, il se demanda alors comment fréquenter les écoles et poursuivre ses études.

Siège de Bagdad par les Mongols en 1258Source Wikipédia

Source Wikipedia

Parallèlement, en ce qui concerne la capitale des califes, sa désillusion allait grandissante. Etait-ce vraiment la sainte métropole célébrée comme étant Le château des saints ! Quel contraste frappant entre quelques scènes de vie de Bagdad et la vie si simple à laquelle il était accoutumé dans les vallées vertes et paisibles du Djilane ! Les flots berceurs de la mer Caspienne et les chanteurs ailés des grands chênes des montagnes de son pays, lui avaient fait entendre une mélodie autrement plus douce et suave auprès de laquelle celle du mouvement de Bagdad n’était que bruit détestable et odieux !

Bagdad à en effet été chanté jusqu’à l’exaltation par différents poètes , d’autres l’on chanté sans indulgence et ne semblent avoir connu d’elle que l’angoisse et l’amertume. Parmi les nombreuses poésies dédiées à Bagdad, l’une d’elle commence par ces mots :

Le messager de la mort c’était déjà levé contre la ville Bagdad ; or, que celui qui la pleure verse des larmes sur elle à cause de la dévastation du temps. (…)

Et un autre :

Bagdad est une demeure vaste pour les riches ; mais pour les pauvres c’est l’application de la gêne et de l’angoisse.
J’errais égaré dans ses rues, comme si j’eusse été un exemplaire du Coran dans la maison d’un athée.

Cette dernière poésie semble faite tout exprès pour Abdel Qader. Lui aussi se sentait égaré, perdu ! Il se disait que dans cette ville devenue si dépravé, au sein d’une société pareille, comment pouvait-il gagner honnêtement un morceau de pain, légitimement acquis, et le consommer sans remords ! Alors un beau matin, lui aussi s’enfuit de Bagdad.

A l’heure la plus matinale, Abdel Qader s’apprêtait à quitter Bagdad. Mais avant qu’il pu franchir la porte Halbeh, un choc des plus violents, le fit s’écrouler à terre. Pensant avoir eu affaire à un passant trop pressé, il se releva pour reprendre sa route. Là encore il dû s’arrêter et céder le pas à un inconnu qui semblait se faire un jeu de sa tentative de passer. Un troisième essai fut plus décisif encore car à ce moment un pouvoir étrange qui émanait de cet inconnu, immobile devant lui, paralysait ses membres et sa volonté. De lui émanait encore un ordre, celui de « demeurer à Bagdad pour préparer une oeuvre dont les hommes plus tard lui sauraient gré ». Puis, de même qu’à Niff, il se sentit pénétrer d’une émotion aussi puissante qu’indéfinissable tandis que l’inconnu disparaissait. Après un tel événement, Abdel Qader renonça à son départ. Il se sentait destiné à devoir se résigner, à supporter toutes les difficultés, qu’elle qu’elles fussent.

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