Compagnie de Métro de New Delhi Le Mahabharata sous forme d’encyclopédie

‘Abd’l Qader al-Jilani (1083-1166) occupe une place centrale dans l’histoire du soufisme. Fondateur éponyme d’un ordre soufi présent absolument partout dans le monde musulman, il fit également de son époque un moment charnière en établissant et légitimant durablement la mystique confrérique au sein des sociétés musulmanes.

En ces temps lointain, les voyages n’étaient pas chose faciles. On devait attendre le départ d’une caravane et l’accompagner. L’escorte avait à peine quitté la ville qu’elle fut rejointe par des brigands montés sur des chevaux. Après avoir razziés tout ce que comportait la caravane, l’un des brigands alla demander une dernière fois si l’assemblée leur avait caché quelque chose ; ce dernier n’avait alors pas aperçu dans le bagage d’Abdel Qader quoi que ce fut de quelques valeurs et il allait passer outre lorsque notre jeune voyageur avoua receler sur lui 40 pièces d’or. Surpris qu’un jeune homme si modestement équipé porte sur lui une somme pareille, il crut une plaisanterie et en fit rapport à son chef qui lui fit la même question. Fidèle à son serment, Abdel Qader déclara être porteur de 40 dirhams que sa mère avait enfermé et cousu sous son aisselle dans la couture de sa veste. Ce qui fut constaté par les bandits stupéfaits de l’innocence et de la franchise du jeune homme. Le chef de cette bande de pillards alla alors l’interroger et voulut savoir pourquoi il n’avait pas tenté de conserver son argent si bien caché en gardant le secret ? Abdel Qader compta alors son histoire, et le serment qu’il avait fait à sa mère : de ne jamais mentir ni de s’écarter du droit chemin. Ce récit fit une telle impression sur le coeur de cet homme, que dés cet instants il renonça à la vie criminelle qu’il menait. De même que tous ces acolytes.

Savant musulmanAbdel Qader s’était rendu à Bagdad dans l’intention d’y étudier le droit musulman. Mais à quelle école ? Beaucoup de grands savants y enseignaient, chacun suivant le rite de son fondateur. A la Nizzamiyya, principalement, de renommés savants telle que Mohammed Ghazali (m. en 1111), ainsi que Tabary, brillaient telles de lumineux flambeaux à leur chaire. Mais ces maîtres enseignaient le droit chaféite et notre jeune étudiant ambitionnait lui d’étudier les sciences juridiques des Hanbalites. Peut-être faut-il s’en référer à la région d’origine d’Abdel Qader, le Jilane, où le peuple suivait le rite Hanbalites pour y trouver une explication. Toujours est-il que c’est au début de l’année 1095, alors que le jeune Abdel Qader s’apprêtait à faire sa rentrée, qu’un événement impressionna fortement le monde universitaire de Bagdad : Ghazali, l’illustre professeur de la Nizamiyya s’était démis de ses fonctions et les avait confié par intérim à son frère Ahmed pour fuir la capitale des califes.

Cet événement était devenu un fait de premier ordre pour les milieux scientifiques de Bagdad et chacun était anxieux de pénétrer les raisons qui avaient déterminé cette brusque retraite de Ghazali. Peut-être, pensait-on, redoutait-il de perdre l’appui et l’estime des dirigeants ? Peut-être craignait-il quelques mauvais traitements de leur part ? Quelle pouvaient être ces craintes et le motif réel qui l’avait incité à quitter la ville ? D’autant que les grands oulémas n’avaient en rien changé leur opinion et gratitude envers Ghazali qui conservait toujours les mêmes égards.

Dans un ouvrage, Ghazali nous en donne lui-même l’intime raison. Il faisait observer que les connaissances acquises par l’expérience ne correspondent pas toujours à la réalité, qu’il se devait de rectifier ces erreurs des sciences à l’aide de la raison. Mais, ajoutait-il, cette raison est-elle un guide sûr ? C’est en se posant ses questions que Ghazali s’étaient sentis entraîné par le désir d’atteindre la certitude absolue et qu’il avait abandonné non seulement l’université mais encore sa famille qu’il affectionnait très tendrement. Et cela pour pénétrer dans un nouveau monde plein de solitude et de recueillement. Avant cette prise de décision, la vie professionnelle de Ghazali était ponctuée d’épreuves morales autant que physiques des plus poignantes. Sa santé, tout d’abord, s’était à ce point altérée qu’elle lui refusait tout repos ainsi que la possibilité de s’alimenter. Au point culminant de cette crise, il lui devenait même impossible de donner ses leçons car il perdait l’usage de la parole. C’est pour cela qu’il consentit à tout abandonner.

Le jeune Abdel Qader, à l’image du tout Bagdad fut profondément impressionné par cet événement. Dans le même temps, l’étudiant vis qu’il pouvait légitimement se demander s’il pourrait un jour trouver sa place parmi les grands professeurs de la mésopotamienne capitale. Car à cette époque, de nombreux hommes de génie rivalisaient dans diverses disciplines, tant et si bien qu’il semblait impossible de marcher dans leur pas, se fondre à leur suite.

Tombe Haruniyeh, nommée d'après Harun ar-Rachid. La structure actuelle a probablement été bâtie au XIIIe siècle. Ghazali est enterré ici.En matière d’exégèse, Ghazali d’abord semblait avoir parachevé une oeuvre colossale mais d’autres grands noms s’étaient également illustrés. Dans les Hadiths, les Sahih et les Musned étaient publiés depuis longtemps. Quant aux sciences de la jurisprudence, de célèbres docteurs s’étaient déjà distingués. Dans la théologie, les Baghdadiens avaient déjà entendu les cours d’Abu Hassan al-Achari, Cherrestani, ou encore de Ghazali. En philosophie, c’était toujours dans l’ombre du savant philosophe Avicenne (m. en 950) que tous les autres oeuvraient. En littérature, Zamarkchari (m. en 1075) avait publié ces « colliers d’or ». Tous ces ouvrages étaient déjà entre les mains d’un innombrable public, les égaler paraissait bien difficile, et les surpasser restait plus encore impossible.

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